Face aux exigences de Trump : l’Europe saura-t-elle dire « non » à temps ?

by Rédaction

Face aux exigences de Trump : l’Europe saura-t-elle dire « non » à temps ?

Après l’Ukraine, une nouvelle épreuve pour la souveraineté européenne

La question du Groenland révèle une réalité que Bruxelles ne peut plus ignorer : à force de céder face aux pressions américaines, l’Europe risque de perdre toute crédibilité politique. Si la guerre en Ukraine a déjà testé la résilience européenne face à Poutine, les menaces répétées de Donald Trump sur le territoire danois posent une question fondamentale : existe-t-il un seuil au-delà duquel les exigences deviennent inacceptables, même venant d’un allié ?

Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Trump multiplie les déclarations fracassantes. Le 5 janvier, à bord d’Air Force One, il déclarait : « Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale. Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois ». Le 17 janvier, il annonçait sur Truth Social des tarifs douaniers de 10% dès le 1er février, passant à 25% le 1er juin, visant le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande. Sa justification ? Ces pays « se livrent à ce jeu très dangereux » en envoyant une mission militaire européenne de soutien au Danemark.

Donald Trump considère que le Danemark dispose de « deux traîneaux à chiens en guise de protection ». Cette arrogance traduit un mépris profond pour la souveraineté d’un État membre de l’UE et de l’OTAN.

Face à ces provocations, Emmanuel Macron a réagi samedi 17 janvier : « Les menaces tarifaires sont inacceptables. Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland, ni ailleurs. Nous saurons faire respecter la souveraineté européenne. » Le premier ministre suédois Ulf Kristersson a assuré ne pas se laisser intimider. Ursula von der Leyen et Antonio Costa ont mis en garde contre « une spirale dangereuse ».

Pourtant, la position de Macron sur le Groenland est similaire à celle sur le dossier Mercosur. Le président français vient de vivre un refus européen de prendre en compte la voix de la France avec l’adoption, le 9 janvier, du traité UE-Mercosur malgré son opposition. Face à la dissolution de juin 2024 et mis en incapacité de rassembler une minorité de blocage à Bruxelles, fla France a voté contre sans empêcher l’adoption. Cette fragilité intérieure affaiblit son poids européen. Von der Leyen n’appuie pas les positions françaises et Paris à des difficultés à s’imposer sur les dossiers stratégiques ?

Pourtant l’Europe semble souhaitait omettre que la France est la seule à disposer d’armes de dissuasion nucléaire, que cette possession est un point de difficulté pour Vladimir Poutine face à l’Europe qui ne peut la menacer de façon totalement crédible de l’attaquer. Or la France dispose ces armes par un investissement réalisé depuis les années 60, pour un coût de plusieurs centaines de milliards sur toutes ces années. Or à ce jour, il ne semble pas que les pays européens souhaitent prendre en compte cette dimension militaire et son coût financier. Dans le même temps certains pays européens font état d’un respect des critères en matière de déficit , mais auraient-ils pu le faire avec des coûts de défense digne de ce nom.

Un autre événement illustre une difficulté face aux Gafam. Le 16 décembre 2025, Macron révélait qu’une vidéo générée par IA annonçant un coup d’État en France circulait sur Facebook avec 13 millions de vues. Un président africain, alarmé, l’avait contacté. L’Élysée a demandé le retrait. Réponse de Meta : « Ça ne contrevient pas à nos règles ». Macron a dénoncé : « Ces gens-là se moquent de nous. Ils nous mettent en danger. » Cette impuissance face à Facebook préfigure-t-elle l’impuissance européenne face à Washington ou un sursaut de combativité ?

À trop céder, l’Europe risque une position intenable. Chaque concession appelle de nouvelles demandes. Le mécanisme : Trump menace, l’Europe négocie, puis capitule. Pour von der Leyen, à force de plier face à Washington, elle donne l’image d’une faiblesse structurelle et peut nourrir pour certains le soupçon de favoriser les intérêts américains contre l’Europe. Le calcul est simple : si l’Europe accepte des exigences sans fin, que reste-t-il de sa souveraineté ? Si elle tolère que Trump dicte sa politique commerciale, envisage l’annexion d’un État membre, et ne réagit pas quand les réseaux sociaux refusent de protéger ses démocraties, alors l’UE n’est plus qu’un artifice territorial sans volonté politique propre.

La crise du Groenland symbolise une ligne rouge : l’intégrité territoriale d’un État membre. Si l’Europe ne défend pas fermement la souveraineté danoise, elle envoie un signal désastreux : aucune frontière européenne n’est garantie, les traités ne protègent rien, la solidarité atlantiste est à sens unique. Selon un sondage de janvier 2025, 85% des Groenlandais s’opposent au rattachement américain. Le Premier ministre groenlandais a été clair : « Ça suffit maintenant. »

Les menaces de Trump posent une question existentielle pour l’OTAN. La Première ministre danoise Mette Frederiksen l’a souligné : « Si les États-Unis attaquent militairement un autre pays de l’OTAN, c’est la fin de tout. » Le paradoxe est vertigineux : l’OTAN pourrait imploser du fait de menaces venant de son principal membre.

Face à l’escalade, plusieurs pays européens participent à la mission Endurance Arctique, renforçant la présence militaire au Groenland. Macron s’est rendu à Nuuk le 15 janvier aux côtés de la Première ministre danoise, montrant une solidarité concrète.

Le bon sens dicte une vérité simple : à trop tirer sur la corde, elle casse. Les États-Unis peuvent-ils croire qu’ils imposeront indéfiniment leur volonté à l’Europe ? L’Europe se trouve face à un choix : continuer à céder ou tracer des lignes rouges claires, au risque d’une confrontation avec Washington. La première option garantit une érosion continue de la souveraineté européenne. La seconde préserve la dignité politique et l’autonomie.

Le dossier du Groenland, après l’Ukraine, le Mercosur et le refus de Facebook de respecter les demandes européennes, illustre une dynamique inquiétante : une Europe constamment mise sous pression, comme si elle n’était qu’un artifice territorial sans substance politique.

Peut-être est-ce aujourd’hui, sur le Groenland, que se fera l’arrêt. Peut-être l’Europe trouvera-t-elle la force de dire « non » fermement. Mais de toute façon, il y aura un arrêt. Car à défaut d’être choisi, il sera imposé par l’épuisement de toute crédibilité politique.

Von der Leyen et les dirigeants européens doivent comprendre qu’ils ne peuvent indéfiniment faire le grand écart entre discours de fermeté et négociation d’acceptation des oukases Trumpiste. Les peuples européens ne toléreront pas longtemps que leurs dirigeants se comportent en vassaux dociles face à la Maison Blanche qui ne cache plus son mépris à l’égard de l’Europe.

La souveraineté est une question de volonté. L’Europe a-t-elle encore la volonté d’exister comme puissance politique autonome, ou acceptera-t-elle d’être confinée à une zone sans poids politique ? La réponse déterminera non seulement le sort du Groenland, mais l’avenir du projet européen.

Mais comme l’a souligné la Première ministre danoise : « Une attaque contre le Groenland serait la fin de l’OTAN. »

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5. Conclusion : l’Europe à la croisée des chemins

Le Groenland est devenu le symbole d’un basculement géopolitique. Après l’Ukraine, où l’Europe a dû composer avec les exigences américaines, la question groenlandaise pourrait marquer la limite à ne pas franchir. Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et les autres dirigeants européens savent que céder sur la souveraineté territoriale reviendrait à accepter un statut de vassal.

Pourtant, la marge de manœuvre est étroite. L’Europe doit à la fois résister à Trump, préserver l’unité de l’OTAN, et gérer ses propres divisions internes. Le Groenland pourrait bien être le lieu où se joue l’avenir de l’autonomie stratégique européenne — ou son renoncement.

Reste une question : l’Europe saura-t-elle dire « non » à temps ?

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